Charles Maurras    Martigues
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Maurras actuel ?


"Vous êtes, vous et vos amis, les héritiers spirituels de Charles Maurras. Mais vous savez bien qu'un héritage n'est pas un talisman ni une baguette magique : c'est un outil. Et un outil qu'il faut savoir manier et adapter en fonction du mouvement de la vie qui ramène toujours le semblable, jamais l'identique. Épouser la pensée d'un maître, cela veut dire s'unir à elle pour lui faire des enfants et non pas la stériliser sous prétexte de lui conserver je ne sais quelle intégrité virginale. Il n'y a pire trahison qu'une certaine fidélité matérielle et littérale qui, en durcissant les principes en système, n'aboutit qu'à congeler ce qui était le jaillissement d'une source vive. Les exercices de patinage qu'on peut faire sur cette glace ne m'intéressent pas. La vraie fidélité est celle qui prolonge, qui corrige et qui dépasse. Et le meilleur héritier n'est pas celui qui fait de son héritage un musée ou une exposition rétrospective. "Le bien gagné reste à défendre" : le capital de la sagesse que Maurras vous a légué, vous ne le conserverez qu'en le fécondant, en le récréant sans cesse".

Ces quelques lignes du regretté Gustave Thibon datent de 1955 ! [1] Cinquante-sept ans plus tard, on reste saisi devant tant de clairvoyance. Et on ne peut qu'être irrité, sachant ces conseils pas toujours suivis d'effets...

2012. En cette année du soixantième anniversaire de la mort de Charles Maurras, beaucoup peuvent se demander si l'outil maurrassien présente toujours quelque intérêt [2]. Pour d'autres, la question ne se pose même pas, Maurras étant officiellement ignoré : absent des programmes scolaires, à peine cité dans les traités de science politique, non connu du plus grand nombre, caricaturé par les uns et insulté par les autres, il ne peut présenter d'intérêt que pour l'historien des idées, et encore !

L'héritage de Maurras résulte pourtant d'une formidable éclosion d'idées nouvelles : initiateur d'un néo-royalisme de combat, synthèse originale de la contre-révolution et du positivisme ; père du régionalisme moderne ; créateur de l'empirisme organisateur, "méthode d'observation et d'analyse des faits historiques et sociaux" [3] ; pionnier de la géopolitique française, poursuivant l'œuvre inachevée de Frédéric Amouretti ; théoricien d'un nationalisme de défense et de raison. Les faits ont trop souvent donné raison à Maurras. La France ne l'avait pas écouté, elle l'a payé cher. Lui aussi, accusé de ne pas s'être fait entendre.

On peut, bien sûr, regretter les quelques erreurs tactiques du Maître, les quelques excès du polémiste. Mais ceci ne doit pas remettent pas en cause la grandeur et l'intérêt de l'œuvre du penseur politique. Pour les erreurs, on peut toujours, après coup, réécrire l'histoire, c'est à la portée de tous (les imbéciles et les fourbes ne n'en privent pas !). La polémique, remettons-la à sa juste place :

"Quelle que soit l'invective prononcée par Charles Maurras, il suffit de prêter l'oreille pour y entendre incluse la musique intérieure, l'immense et le beau savoir qui fait de l'œuvre maurrassienne un magnifique recueil d'observations sur les lois, sur les équilibres de la cité française. La polémique, si abondante soit-elle, n'est écrite que dans les marges ; elle n'est enfin que le savoir et l'hymne continués, transformés en chant de guerre au contact du monde indocile".

Et Daniel Halévy de poursuivre [4] :

"Ainsi cette frange d'incessant ressac et d'écume dont s'entourent, en rencontrant la terre, les grands flots silencieux de la haute mer".

Certains apprécieront le ressac et l'écume, pourquoi pas ? On nous permettra de nous concentrer sur la haute mer. Et si l'on ne sait trop comment utiliser l'outil maurrassien aujourd'hui, que l'on grave cette phrase de Gustave Thibon dans les mémoires :

"La vraie fidélité est celle qui prolonge, qui corrige et qui dépasse" [5].

Autant il serait ridicule, et stérile, de chercher à "copier-coller" une attitude, une réaction, un programme construits sous la III° République ; autant ce serait dramatique de tourner le dos à la pensée maurrassienne. La méthode d'analyse de Maurras, le fil conducteur de son action, la "pensée matricielle maurrassienne" restent actuels [6].

"Maurras a (...) dès 1910, prévu le monde actuel", dira le Président Georges Pompidou [7].

Pouvons-nous laisser perdre ce capital ?

Et regardons autour de nous : ne sont-ils pas nombreux ceux qui, ignorants de Maurras, cherchent maladroitement à le réinventer : les "gaulliens", les "souverainistes", tous ceux qui, à droite, à gauche, ou ailleurs, veulent sauver leur culture, leur patrimoine, leurs racines, leur espérance ? Peut-on les laisser s'agiter comme des insectes désorientés sans avoir la charité de les éclairer de ce "capital de la sagesse" légué par notre Maître ?

Que chacun prenne son poste de combat, en fonction de sa disponibilité, de ses moyens, de ses aptitudes et de son tempérament pour faire connaître cet héritage. La "Galaxie Maurras" est vaste, c'est finalement une chance.

Certains donnent dans l'action militante, avec courage et abnégation. Pierre Debray avait traité de ce miracle, qui à chaque génération, amène de nombreux jeunes vers l'Action française, contre toute raison qui voudrait que ce soit trop tard, et contre toute logique qui voudrait que la source se tarisse.

D'autres se sont donnés pour mission la réflexion et l'écriture, l'édition d'ouvrages, ou la publication de périodiques. D'autres, enfin, l'animation de sites internet d'informations, l'édition de textes électroniques...

Notre action sera beaucoup plus humble et sans gloire, mais nous la pensons nécessaire. Il ne s'agira pas de créer un nouveau mouvement, il y en a déjà trop ; nous n'éditerons aucun texte, d'autres font ça très bien. Simplement, nous informerons sur l'actualité de l'édition maurrassienne. Car, mis à part les intimes de Maurras, qui sait "qui édite quoi", qui sait "où et comment" se procurer ces textes ?

Les intimes de Maurras seront évidemment bienvenus sur ce site, mais nous ne le créons pas à leur intention. Nous pensons avant tout aux chercheurs, aux lecteurs et aux curieux, en les aidant à trouver de la matière première sur leur sujet d'intérêt. Nous pensons aussi aux patriotes désorientés (de France et d'ailleurs), en leur proposant de trouver, à travers ces textes, cette boussole maurrassienne qu'il leur manque.

Site artisanal, réalisé par des non-professionnels d'internet, "Maurras actuel" n'aura pas l'apparence de quelques sites magnifiquement construits et pourra faire hurler les intégristes du langage Html. Mais qu'importe l'emballage, seul le produit nous intéresse. Si en France, par exemple, les lois sur la propriété littéraire permettent d'occulter Maurras, si la haute finance apatride a mis la main sur le monde de l'édition, il n'en est pas de même partout, et de nouvelles technologies permettent de s'affranchir (partiellement) de ces contraintes.

Un premier exemple : en Amérique du Nord, l'œuvre de Charles Maurras est aujourd'hui libre de droit - la numérisation d'ouvrages anciens, épuisés et libres de droit, est devenue une activité majeure des Universités américaines et canadiennes - les sites de diffusion de documents numériques ont des catalogues de plus en plus fournis - les nouvelles technologies d'impression d'ouvrages à partir d'une base de données numériques évoluent de jour en jour - enfin, les sites de vente en ligne sont à vocation mondiale...

Un autre exemple ? Il existe une bonne douzaine de sites internet sur lesquels on peut télécharger des textes de Maurras, ou des textes relatifs à Maurras ou à l'Action française.

Tous ces faits mettent fin à l'embargo mis sur la pensée de Charles Maurras.

Mais à une condition : prendre en compte cette révolution numérique. Nous avons un devoir d'information et nous nous donnons pour mission d'informer sur les éditions et rééditions ("papier" comme numériques) de l'œuvre de (et sur) Charles Maurras à travers le monde (car les rééditions de ses livres, en langue française, sont plus nombreuses en Amérique du Nord et du Sud qu'en France). Tout ceci avec des liens guidant vers les points de vente (librairies, librairies VPC, sites de vente en ligne) ou vers les sites de consultation et de téléchargement de ces textes électroniques. Notre mission sera, cela va sans dire, sans aucune arrière-pensée commerciale.

Première "Actualité de l'édition maurrassienne" publiée ce jour, les récentes rééditions d'ouvrages (en langue française) de Charles Maurras aux États-Unis et au Canada : trente-cinq titres sont disponibles à ce jour.

Les autres "Actualités" viendront très prochainement.

Et ensuite, seront mises en ligne les pages de la section "Charles Maurras. Son œuvre rééditée". Puis les autres.

Patience...


Brian McLeóghann.

Le 24 décembre 2012.

[1] Gustave Thibon, Lettre sur les conditions d'une renaissance, dans "L'Action Ouvrière Française" (Organe de combat des travailleurs nationalistes. Marseille), n° 10, juin 1955. [retour au texte]

[2] À lire : Axel Tisserand, Maurras : inactuel, trop actuel ?, dans "L'Homme Nouveau" (Paris), n°1380, du 14 octobre 2006. [retour au texte]

[3] Georges Rousseau, Maurras philosophe. ( http://doctrineroyaliste.over-blog.com ). [retour au texte]

[4] Daniel Halévy, Enfants d'Aphrodite et de Mars, dans "La Revue Universelle" (Paris), tome LXVIII, n°19, du 1° janvier 1937, Hommage à Charles Maurras pour son Jubilé Littéraire (pages 77-81). [retour au texte]

[5] Axel Tisserand parlerait de l'intersection entre "piété filiale et infidélité créatrice". Voir l'entretien de Axel Tisserand avec Yves Floucat, Maurras cet inconnu, dans "France catholique", 27 janvier 2012. (Réédition numérique : http://www.France-catholique.fr ). [retour au texte]

[6] Guillaume De Tanoüarn, dans "L'Action française 2000" (Paris), n°2831, du 5 au 18 janvier 2012. Réédition numérique dans le blog "Tony Kunter.fr", texte repris par "Les Vergers sur la Mer" (après fermeture du blog de Tony Kunter). [retour au texte]

[7] Discours prononcé le 08 décembre 1972, à l'occasion du centenaire de l'École libre des Sciences politiques, par le Président Georges Pompidou. [retour au texte]

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