Maurras actuel - Actualité de Charles Maurras.

Actualité de l'édition maurrassienne, 11.



Notre maurrassisme.



La récente actualité, l'échec de la censure et le "Printemps éditorial maurrassien" (édition de quatre ouvrages majeurs de et sur Charles Maurras) [1] semblent avoir ravivé la haine de quelques-uns. Si leurs agressions ne nous touchent pas vraiment, nous comprenons les dégâts que leurs propos peuvent faire sur une opinion non familiarisée avec les idées de Charles Maurras. Ce qui nous amène à préciser clairement ce qu'est notre 'maurrassisme'.

Dans cette cacophonie anti-maurrassienne, on peut reconnaître quatre voix aux motivations très différentes :

Le premier groupe cité ne mérite pas que l'on réponde, contentons-nous de lui adresser l'expression de notre profond mépris.

Pour le second groupe, qui gesticule quelque peu mais dont les membres se comptent sur les doigts d'une seule main, on renverra vers les deux articles de Axel Tisserand, "Poncifs anti-maurrassiens", adressés à l'un d'eux en décembre 2011, ceci complété par la recension, par le même auteur, du livre de François Huguenin, L'Action française. Une histoire intellectuelle (2011), recension en quatre articles. Tout a été dit, et magnifiquement dit par Axel Tisserand, il n'y a rien à rajouter. [2]

Que dire au troisième groupe ? Il peux évoluer, mais ceci, hélas, ne se fera que sous la pression d'une actualité brutale, l'antisémitisme contemporain, à capuche ou à foulard, ne se satisfaisant pas d'agressions verbales ou épistolaires.

Nous nous contenterons de répondre aux révolutionnaires haineux. Parmi ces derniers, c’est Mme Annie Lacroix-Riz qui s’est particulièrement distinguée. Marxiste garantie grand teint, elle est donc ressortissante d’une doctrine qui n’est qu’un crime contre l’intelligence et contre l’humanité. Que le marxisme soit responsable d’au moins 150 millions de morts à travers le monde (selon la version "optimiste") ne l’intimide absolument pas. Mme Lacroix-Riz veut l’ignorer, elle ne va pas s’embarrasser de tels ‘détails de l’histoire’.

Nous conseillons la lecture des textes sous-cités. De remarquables cas d’école : comment les marxistes arrivent à falsifier, à tricher et à mentir pour criminaliser leurs opposants tout en se dédouanant de leur volonté exterminatrice.

Dans plusieurs écrits [3], elle s’acharne contre l’historien Olivier Dard, coupable selon elle de s’être « entiché du "maître" ». On y apprend aussi, avec surprise, que l’Action Française aurait été subventionnée par le Reich hitlérien, et que « Pacelli-Pie XII » (sic) mit fin à l’excommunication (re-sic) de Maurras et de son mouvement en raison de la nazification de l’A.F. ! Suivez le raisonnement de la dame : pour qui « Pacelli-Pie XII » aurait-il éprouvé de l’empathie ?

Dans l’article le plus récent (celui du 19 avril), Olivier Dard, qui devait jusque-là ressentir une grande solitude, a enfin de la compagnie dans sa charrette : Jean-Pierre Azéma, Serge Berstein, Simon Epstein, Jean-Noël Jeanneney, Pascal Ory, Bénédicte Vergez-Chaignon, Olivier Wieviorka, Michel Winock... l’ont rejoint pour faire route, sous les crachats du bon peuple, vers la place de la révolution. Elle exhume aussi Maurice Duverger, Raoul Girardet et René Rémond, tous coupables. La guillotine ne sera pas sortie pour rien ! Car selon elle, et ceci ne nous avait pas vraiment sauté au visage, Science-Po Paris serait coupable, sinon d’une franche sympathie maurrassienne, du moins d’une inacceptable volonté de rejeter la thèse de la naissance française du fascisme dont l’Action Française aurait été la matrice, ce qui entraînerait donc une nécessaire sympathie maurrassienne. Il est vrai que l’IEP Paris a pour origine une école privée, l'École libre des Sciences politiques : ceci explique cela ! Ne cherchons pas de raisonnements trop compliqués. Au révisionnisme historique permanent, les marxistes rajoutent une bonne dose de simplisme, et le tour est joué.

On notera qu’une partie de ces historiens accusés de complicité d'antisémitisme sont israélites, l'un d'entre eux étant même israélien. Ce n'est pas non plus un problème pour notre historienne révolutionnaire, qui n'a pas, mais alors pas du tout, digéré les deux émissions de TV5 diffusées en décembre 2017, "Quand l'extrême-droite résistait" et "Quand la gauche collaborait, 1939-1945", avec les historiens Simon Epstein, Pascal Ory et Olivier Wieviorka. Des récidivistes, graves, infréquentables. [4]

Nous l’avions écrit en février 2013 : « Tout non-respect des mythes fondateurs de la vie politique contemporaine rend immédiatement suspect d'extrémisme, voire de révisionnisme, qualificatifs à géométrie très variable, mais suspicion infamante qui interdit au présumé-coupable de se défendre et le transforme aussitôt en coupable indéfendable. L'auto-censure devient une garantie de carrière. Il faut aujourd'hui à un universitaire français, soit une personnalité hors du commun alliée à une mentalité de casse-cou, soit une carrure de sommité, pour parler honnêtement de Maurras ».

Certains ont osé, ils doivent être exécutés. Rien de tel qu’un bon procès stalinien, et nous avons trouvé le procureur...

Deux remarques, pour finir :

En ce qui nous concerne, nous n’avons ni honte ni complexe à revendiquer l’héritage du Maître martégal (que nous avons lu, tout en conservant notre sens critique...). [5] Notre fidélité a été clairement définie par Gustave Thibon [6], que nous citons toujours en tête de notre page d’accueil : « La vraie fidélité est celle qui prolonge, qui corrige et qui dépasse ». Maurras lui-même disait que la vraie tradition était critique.

Il ne s’agit donc pas de rabâcher, de se lamenter sur le bon vieux temps. Nous l’avions écrit : « il serait ridicule, et stérile, de chercher à "copier-coller" une attitude, une réaction, un programme construits sous la III° République ». C’est clair, nous semble-t-il. Il s’agit d’utiliser la méthode maurrassienne, "l’empirisme organisateur", cette magnifique boussole, pour analyser les problèmes de notre époque, pour nous orienter.

Nous sommes de ceux qui auraient aimé que L’Action française quotidienne cesse de paraître le jour de l’occupation de la zone libre, pour réapparaître le jour où les prédateurs nationaux-socialistes quittaient le sol français. Il n’en a pas été ainsi. Nous le regrettons, mais nous ferons avec, nous assumons.

C’est un héros de la Résistance (réseau Orion) puis de la France Libre (commandant du ‘4° Commando de France’), Jean-Baptiste Biaggi, qui disait : « Nous avons eu l'instinct de la Résistance, car Maurras nous avait parfaitement formés. Les Allemands étaient chez nous ; ils ne devaient pas y rester. Nous avons tenté de toutes nos forces, de chasser les envahisseurs. Ce dont nous avions conscience, c'est de l'intérêt supérieur du pays. C'est ça, le fond de la doctrine maurrassienne. Que Maurras ait eu une autre méthode que nous pour remédier à la crise, c'est conjoncturel. Je le dis très franchement et même fièrement : j'ai toujours été maurrassien ; je le suis toujours resté ; et à mon âge, je crois bien devoir vous dire que je le resterai toujours. La Résistance était un réflexe patriotique. L'école politique qui enseignait le patriotisme au plus haut degré, c'était l'Action française » [7].

Si cet Homme, Croix de guerre, Médaille de la Résistance, Commandeur de la Légion d'honneur, ne tient pas rigueur à Maurras d'avoir choisi « une autre méthode pour remédier à la crise », s'il lui donne quitus, ce n'est pas à nous qui n'avons pas connu cette époque de juger, ou, comme le font certains, de condamner sans juger. Nous en prenons acte de ce quitus, nous le faisons notre, tout simplement.

Nous n'avons donc rien à nous faire pardonner, nous n'avons pas à nous excuser de notre "maurrassisme".

Et surtout n'oublions pas le testament de Charles Maurras, ce courrier adressé à Pierre Boutang en février 1951 : « Nous bâtissons l'arche nouvelle, catholique, classique, hiérarchique, humaine, où les idées ne seront plus des mots en l'air, ni les institutions des leurres inconsistants, ni les lois des brigandages, les administrations des pilleries et des gabegies, où revivra ce qui mérite de revivre, en bas les républiques, en haut la royauté, et, par-delà tous les espaces, la papauté ! Même si cet optimisme était en défaut, et si, comme je ne crois pas tout à fait absurde de la redouter, la démocratie étant devenue irrésistible, c'est le mal, c'est la mort qui devaient l'emporter, et qu'elle ait eu pour fonction historique de fermer l'histoire et de finir le monde, même en ce cas apocalyptique, il faut que cette arche franco-catholique soit construite face au triomphe du Pire et des pires. Elle attestera, dans la corruption universelle, une primauté invincible de l'Ordre et du Bien. Ce qu'il y a de bon et de beau dans l'homme ne se sera pas laissé faire. Cette âme du bien l'aura emporté, tout de même, à sa manière, et, persistant dans la perte générale, elle aura fait son salut moral et peut-être l'autre. Je dis "peut-être", parce que je ne fais pas de métaphysique et m'arrête au bord du mythe tentateur, mais non sans foi dans la vraie colombe, comme au vrai brin d'olivier, en avant de tous les déluges ». [8]

Dans ce courrier, Charles Maurras se prolongeait, se corrigeait et se dépassait lui-même. Il rédigeait là une feuille de route que avons à suivre.

C'est toujours notre regretté Gustave Thibon qui écrivait : « le capital de la sagesse que Maurras vous a légué, vous ne le conserverez qu'en le fécondant, en le récréant sans cesse ». Notre 'maurrassisme' est là, nullement édulcoré, nullement nostalgique, mais critique.

"Maurras-Actuel"

Le 03 juillet 2018.


Notes :

[1] Selon le titre de la recension, par Christian Tarente, de quatre récents ouvrages : L'Avenir de l'intelligence et autres textes, de Charles Maurras, établi et présenté par Martin Motte (Éditions R. Laffont, 'Bouquins') ; L'Âge d'or du maurrassisme, de Jacques Paugam (réédition par Pierre-Guillaume de Roux) ; Maurras et la pensée d'Action française, de Maurice Torrelli (réédition par les Éditions de Flore) et Regards sur Maurras, ouvrage collectif (Éditions Apopsix). Recension dans "Politique magazine", n°170, juin 2018 (pages 46-47), réédition numérique sur le site "Lafautearousseau". retour au texte ]

[2] Critique, par Axel Tisserand, du compte-rendu de Patrice de Plunkett de l'ouvrage de François Huguenin, L'Action française. Une histoire intellectuelle (Perrin, 2011). Édition numérique, "Le Furet". "Poncifs antimaurrassiens (1)" & "Poncifs antimaurrassiens (2)". Recension de l'ouvrage cité, toujours sur "Le Furet", en quatre textes : "La question de l'antisémitisme, de la xénophobie et du populisme" (I), "Les relations de Maurras avec la foi et le catholicisme" (II), "La question de la liberté politique" (III), & "Nation et modernité" (IV). Noter que Patrice de Plunkett n'a rien retenu des propos de Axel Tisserand, continuant à restituer inlassablement les mêmes sentences dans ses commentaires (signés "PP"), pour la plus grande joie des lecteurs-admirateurs de son site. Un seul exemple ? Ici >. retour au texte ]

[3] "Dossier Maurras-Olivier Dard, chasse aux sorcières Wikipédia et colloque aryano-européen", article du 12 février 2018. "Mise au point pour la grande presse sur la notice d'Olivier Dard pour la commémoration de Charles Maurras", article des 05 et 06 avril 2018. "Maurras vu par Olivier Dard : ni antisémite ni germanophile ni pronazi", article du 07 avril 2018. "Affaire Maurras : Une mission civique et critique, rééditer les fascistes ?", du 19 avril 2018. retour au texte ]

[4] "Collabos de gauche et résistants de droite ?", entretien vidéo de Annie Lacroix-Riz, sur "Le Média", du 27 février 2018. retour au texte ]

[5] Et c'est pour permettre à tous de le lire "dans le texte" que nous avons créé ce site. retour au texte ]

[6] Voir notre toute première page de présentation, du 24 décembre 2012. retour au texte ]

[7] Dans "Aventures de l'Histoire", numéro 12, 2002. Dédié à tous ceux qui prétendent que les Résistants et FFL d'Action Française avaient rompus violemment avec leur "ancien Maître". Rebatet, Brasillach et d'autres collaborateurs avaient rompus violemment avec Charles Maurras. Alors que Jean-Baptiste Biaggi, Pierre de Bénouville, le Colonel Rémy et beaucoup d'autres n'ont jamais tourné le dos à Maurras. retour au texte ]

[8] Dans Charles Maurras, Lettres de prison (Flammarion, 1958), pages 223-225. retour au texte ]


Bibliographies :

Rédiger une bibliographie sur le sujet traité reviendrait à reproduire l'intégralité des bibliographies présentées sur ce site.

Outres les articles et ouvrages cités dans les notes ci-dessus, on se reportera donc aux bibliographies principales :

On se reportera aussi, et avant tout, aux bibliographies sélectives des précédentes "Actualités" : "L'Affaire Maurras" et "Poncifs anti-maurrassiens".

Ceci en insistant sur la publication récente et capitale de L'Avenir de l'Intelligence et autres textes. Paris [France], Robert Laffont (Bouquins), 2018. In-8°, 1280 pages. Édition établie, présentée et annotée par Martin Motte, préface de Jean-Christophe Buisson. La plaidoirie de Me Goncet (pages 1139-1200), est à lire et à relire.

Charles Maurras. L'Avenir de l'Intelligence et autres textes. Edt R.Laffont (Bouquins), 2018



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